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« Je vous préviens, rugit le petit homme perché là-haut dans sa chaire, que l’agitation actuelle ne saurait remettre en cause les positions actuelles de l’Eglise. Notre Saint-Père l’a clairement réaffirmé lors de son dernier discours. Tertullien écrit qu’il est déjà homme celui qui doit le devenir. Dès qu’il y a corps, il y a âme, les deux sont indissociables et c’est la volonté de Dieu, aller contre la volonté du Seigneur c’est se vouer au péché éternel et refuser ainsi le paradis promis aux hommes de foi. » Visiblement le prêtre avait bien reçu les enseignements de son dernier séminaire au Vatican. L’Eglise se sentait un peu menacée au début des années 70 et même si en ce beau dimanche dans cette petite église, la plupart des fidèles l’écoutaient avec ferveur, malgré les crampes d’estomac liées à la pensée du repas dominical, beaucoup connaissaient, avaient eu vent, partie prenante même avec l’avortement. Les « faiseuses d’anges » existaient depuis de nombreuses années, aujourd’hui même des médecins reconnaissaient publiquement avoir pratiqué l’avortement.
Marie mâchonne un chewing-gum elle a dix ans en 1970 et ne comprend pas très bien les propos du prêtre à part ceux la mettant en garde contre l’accès au paradis et Marie voudrait bien aller au paradis. Marie ne comprendra pas plus le manifeste des 343 salopes, parce que salope est un gros mot, mais elle se rappelle que son père commentait longuement le nom des stars qui l’avaient signé, et puis elle aime bien Catherine Deneuve. Marie a onze ans.
« C’est pourquoi je vous demande aujourd’hui, messieurs les députés d’adopter ce projet de loi visant à dépénaliser l’avortement. Les raisons en sont simples et multiples, ce projet de loi ne fait que rendre légal un procédé déjà répandu et qui fait courir des dangers à ceux qui le choisissent. » 1975, Marie a quinze ans et elle a vu ce discours sur la petite télé du salon, elle a grandi et comprend un peu mieux les histoires d’avortement, parce qu’elle a compris que les bébés ne naissaient pas dans les choux ou dans les roses selon le sexe, que ce n’était pas non plus une cigogne qui les apportait.
En 1977 Marie est amoureuse d’un beau garçon plus âgé qu’elle et s’en va avec lui dans des endroits peu fréquentables, abuse des drogues et découvre les plaisirs de la chair, enfin la première fois elle ne saurait dire si elle a éprouvé du plaisir, c’était un peu confus dans sa tête et pour son corps. Si Marie est amoureuse, le beau garçon ne l’est pas et quand Marie prise de vertiges et de douleurs, c’est un cliché récurrent mais Marie le vit, consulte un médecin, qui lui répond qu’elle est tout simplement enceinte, le beau garçon est déjà loin.
Marie s’est affirmée et est devenue féministe elle défile régulièrement pour le droit des femmes, elle embrasse une carrière de droit afin de défendre au mieux la parité, enfin à cette époque il faut déjà commencer par l’imposer, Marie n’a pas fait Mai 68 mais se sent héritière des valeurs portés par ses aînés. Marie rêve à un Manifeste des 343 sur la parité salariale, sur la place des femmes dans le gouvernement, elle admire Simone Veil, lit Simone De Beauvoir, ne supporte pas le machisme et veut être indépendante.
Pourtant l’embryon qui grandit dans son ventre l’affecte mais fidèle à ses principes elle décide de se rendre au planning familial et de ne pas devenir mère à 18 ans.
Marie jure, mais un peu tard me direz vous, que l’on ne l’y reprendra plus, les moyens de contraception aidant, elle n’a plus à faire face à s’inquiéter d’une quelconque présence dans son ventre.
Le Pape a beau réaffirmer à intervalles réguliers son opposition farouche, et avec elle celle de l’Eglise entière, à l’avortement et à tout moyen de contraception, Marie reste catholique et croit que le Pape se trompe, Dieu ne peut vouloir la mort de sa création mais a laisser une part de libre arbitre aux hommes en les mettant face à des choix moraux qu’ils doivent résoudre du mieux qu’ils peuvent. Nous sommes en 1992 et Marie a décidé de ne plus aller à l’Eglise car les positions du Pape sont devenues intenables, le refus de la capote c’en est trop pour Maire, déjà l’avortement peut être une salvateur pour une mère menacé par physiquement par sa grossesse, la capote est pour elle un moyen de protection plus qu’un moyen contraceptif. D’ailleurs elle en utilise toujours avec ses différents amants. Mais pas avec son mari, vu qu’elle prend la pilule, elle a eu deux enfants avec lui et est comblée.
Nous sommes en 2008 et lors d’un voyage en Russie, Marie toujours très ancrée dans son féminisme, elle fait d’ailleurs partie des chiennes de garde, et c’est vrai qu’elle mord lorsqu’on la lance sur le sujet de la place de la femme, décide de s’offrir une cure de rajeunissement. Elle est déçu qu’Hillary Clinton est perdue les primaires, que le Parti Socialiste n’est pas su conduire Ségolène au pouvoir, elle est persuadé au contraire qu’il y a eu un complot contre elle. Marie est une brillante avocate qui n’hésite pas à aller défendre les femmes battues de temps à autre, c’est vrai de moins en moins, mais elle est occupée à militer dans des cafés parisiens, des débats souvent stériles c’est vrai, mais elle est convaincue qu’ils feront avancer la cause de la femme.
Alors que des mains russes applique différentes lotions sur son visage, que Marie a eu droit à quelques piqûres de Botox, son lifting datait déjà de cinq ans et méritait une petite rénovation, Marie n’a aucune idée des produits qui composent les différentes lotions qui lui sont facturées.
Marie devrait pourtant savoir qu’aujourd’hui en Ukraine le prix moyen d’un fœtus est de 150 euros, et que ce même fœtus est ensuite revendu en Russie pour la modique somme 6000 euros, à peu près un SMIC non ? Ce commerce très lucratif conduit dans certaines régions du monde des trafiquants à entretenir de véritables cheptels de femmes les forçant à tomber enceinte puis à avorter afin d’avoir de la matière première à revendre.
Mais Marie en fermant les yeux de plaisir sous la sensation des produits de beauté ne pense pas à tout ça, ni même au fils qu’elle aurait pu avoir trente ans plus tôt. Marie a quarante huit ans.
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