Lundi 23 février 2009
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« La guadeloup sé tan nou, la gadeloup a pa tayo » est un des slogans le plus clamé par les Guadeloupéens réclamant depuis plus d’un
mois une hausse du revenu des habitants de 200€ pour lutter contre la crise et contre la cherté de la vie sur l’île. Les exemples sont en effet effarants, le prix du yaourt est multiplié par six
entre la métropole et l’île, le chômage fait rage (56% des Guadeloupéens âgés de moins de 24 ans sont sans-emploi). SARA, la Société Anonyme de la Raffinerie des Antilles, pratique des prix
déraisonnables, essoufflant un peu plus une économie fragile composée aux trois quarts de TPE. Même l’Etat qui accorde une prime de 40% aux fonctionnaires travaillant sur l’île reconnaît
explicitement ce décalage avec la métropole.
Parmi les clameurs, on semble également distinguer un malaise plus profond. Un mouvement indépendantiste sous-tend les mobilisations
et même si Elie Dotoma (président du LKP : Debout contre les profiteurs, collectif rassemblant près de 40 mouvements) dément et tente de maintenir le cap de la revendication sociale, ce mouvement
fait apparaître des blessures plus profondes. Ancienne colonie française, peuplée d’esclaves, la Guadeloupe et sa population métis ne se sent parfois pas française, cela dû à un fort
communautarisme, divisant les différentes ethnies de l’île. L’union du LKP tient tant que la cruciale question de l’indépendance n’entre pas dans les débats, (les membres sont en effet divisés
sur la question), n’est-il pas alors dans le jeu du gouvernement de lancer le débat, en évoquant le statut de l’île, afin d’affaiblir le mouvement ?
Le long silence du gouvernement, et des médias, dans cette crise renforce ce sentiment d’abandon. Les premiers faits ont été relayé en métropole, terme hautement ambivalent,
plus de trois semaines après le début des évènements. Qui sont les citoyens à savoir que les DOM-TOM sont de venus des DROM (Départements et Régions d’Outre-Mer) en 2003 ? A cette méconnaissance,
s’ajoute le comportement maladroit du gouvernement qui pourtant devrait se rappeler des répressions dans le sang des mouvements ouvriers de 1952 et 1967. On peut évoquer Yves Jégo, secrétaire
d’état, se qualifiant d’ »ambassadeur », l’intervention sommaire et rapide de son ministre de tutelle Michèle Alliot-Marie et l’annonce du chef de l’Etat d’un plan, 580 Millions d’euros d’aides
en particulier pour le RSA, comme s’il en était contraint et forcé.
Plus graves sont les tensions raciales sous-jacentes elles aussi. Christine Taubira, député PRG de l’île, dénonce une « ligne de couleur » bien réelle. Un apartheid social est
également dénoncé, de véritables ghettos de blancs entourés de grillages parsèment le territoire. Les békés sont pointés du doigt, ces descendants d’esclavagistes représentent 1% de la population
et se partagent un quart des richesses, le documentaire diffusé début février par Canal+ montre un octogénaire de cette couche tenir des propos racistes révoltants. Il est vrai que la Guadeloupe
a un métissage beaucoup plus faible qu’en Martinique par exemple, attisant un peu plus des tensions latentes. Encore une fois, Dotoma condamne cette dérive mais n’hésite pas à avoir en off des
mots durs, les policiers envoyés pour « casser du nègre ».
On l’aura compris le conflit opposant les couches les plus défavorisés de cette île perdue à plus de 7000 kilomètres de notre Pays, qui ne le fait jamais apparaître sur les
cartes à l’école, aux entreprises et à l’Etat n’est pas que motivée par l’argent. Des questions plus profondes appellent au devoir de mémoire et cette île ne doit pas rester terra
incognita.
Par tontoncharlie