Dimanche 30 mai 2010 7 30 /05 /Mai /2010 21:23

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Une phrase m'a toujours semblé contenir la quintessence de ce que l'homme recherche chez une femme, chez la femme même. « à l'ombre des jeunes filles en fleur ». Je visualise dans ce peu de mots un tel étalage de grâce et de pureté que s'en serait presque ridicule de naïveté. Je vois la timide et frêle aristocrate de la belle époque munie de son ombrelle s'avancer vers moi. La robe de couleur pastel que son chaperon lui a choisie ce matin. Robe qui dégage un cou gracile et une partie du buste en un léger arrondi sans laisser toutefois entrevoir la moindre parcelle de chair ce qui serait un péché. Aucune forme évocatrice ne vient non plus troubler cette tranquille image pastorale, même si le corset enserrant avec une violence soutenue la jeune femme vient suspendre et renforcer une poitrine généreuse mais cachée. Il résulte pourtant de ce corset une robotisation de la démarche comme si seule la tête bougeait, les jambes se déplaçant à toutes petites foulées pour ne froisser que légèrement la robe effleurant le sol. La somme de ces éléments donne un charme désuet, une figure échappée d'une gravure fin 19ème siècle. Un tableau de maître qui je l'avoue renferme un érotisme certain, une douceur et une légèreté à jamais envolés.

Malheureusement ce corset est aussi décrié, pointé du doigt toute prison morale qu'il représente. Il enferme la chair qui ne demande qu'à s'épanouir, il enferme le corps de la jeune fille dans un choix qui ne lui appartient pas, il réserve ce corps pour celui choisi par deux parties consentantes qui se passent de l'avis des premiers intéressés. La ceinture de chasteté n'existe plus, et c'est un progrès, mais dans ce corset la femme est toujours réifiée.

Le première moitié du vingtième siècle verra apparaître des battantes. De celles qui ne se laissent plus mettre le corset. Des aviatrices, comme Hélène Boucher, des suffragettes, comme Millicent Fawcett, des communistes, comme Rosa Luxembourg, des écrivains, comme Simone de Beauvoir, des héroïnes, comme Rosa Parks, des actrices, comme Marylin Monroe, toutes ces femmes sont hors du temps et des carcans dans lesquels on n' a cessé de les renvoyer. Toutes ces femmes se sont levées pour toutes les oubliées de l'histoire. Ces femmes n'ont pas toutes milités pour la reconnaissance de la femme dans la société à égalité avec l'homme, elles n'ont en tous cas pas fait que cela. Je trouverais injuste de les réduire à une quelconque lutte féministe, car enfin elles existent en dehors du fait d'être femme, elle existent pour leurs actes et oeuvres, elles existent comme êtres humains.

Le féminisme n'a eu cesse de s'appuyer sur des figures élevées au statut d'icônes. Les sixties et seventies seront les décennies phares de ces luttes. Pensez Rock'n'roll avec Patti Smith, Jefferson Airplane, Janis Joplin, des femmes mues par le désir de prouver leur valeur au côté de leur pendants virils. En France on a Véronique Sanson ou encore France Gall. Gainsbourg vénère les femmes et elles le lui rendent bien. Le féminisme a le vent en poupe et réussi sur de nombreux points à imposer son point de vue. La loi sur l'avortement restant à mon avis la plus belle victoire symbolisant le pouvoir repris sur son propre corps après les dispositions sur les moyens contraceptifs.

Et puis il faut toujours que cela dérape. J' ai la nette impression que les eighties ont vraiment marqué un tournant dans l'histoire. Les 80s c'est le fric à gogo, le libéralisme portée aux nues, avec la reaganomics et le thatcherisme. Apparition des golden boys, emballement des marchés financiers, l'obscénité des profits et du spéculatif dominant lancé à la face du monde. La femme redevient Madonna, qui si elle aussi a une main de fer dans ces relations avec le show-business sait que pour devenir la reine de la pop elle doit mettre en scène même les plus bas des fantasmes masculins, elle s'y emploie avec brio entraînant dans son sillage grand nombre de starlettes, trois petits tours et puis s'en vont, à l'image de Sabrina et de son boys boys boys, mais le mal est fait.

Le porno toujours gentillet et mettant souvent en scène des femmes comme personnage principal, comme pour Emmanuelle, s'enfonce dans une surenchère glauque, on veut tout montrer, du cul du cul du cul, de la femme facile et bafouée, de nouveau un objet.

Alors on se remémore que sous le vernis de quelques égéries la femme au foyer n'est jamais devenu un souvenir, que les blagues sur le lave-vaisselle sur pattes n'ont pas disparues, que les employeurs se méfient toujours de ces employées qui recherchent avidement le congé maternité et d'ailleurs donne moins à postes égaux à une femme qu'à un homme. On reproche à Saez de mettre une femme nue dans un caddie pour l'affiche promotionnelle de son album. Chaque jours la télé fait cent fois pires renvoyant la femme à une image de gogo danseuse dans les émissions de télé réalité, à une potiche dans les jeux télévisés en somme un simple faire valoir ou mieux un faire audience. La télé se gave de pin-ups qu'elle happe et recrache sans ménagement une fois qu'elle les a bien lessivées et essorées. La plupart des femmes mises en avant aujourd'hui ne sont que des putains décérébrées qui nourrissent un monde pseudo artistique ressemblant à s'y méprendre au modèle libéral de maximisation des profits sur un cycle produit toujours plus court. La femme est redevenue un objet. Et celui-ci n'a plus aucune grâce.

Si un jour ma fille s'entiche de Paris Hilton ou de la nouvelle pétasse à la mode, je lui achèterai une ombrelle.

Par tontoncharlie - Publié dans : Humeurs
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